Bologne – la rouge dévote

Au coeur de la plaine du Po, Bologne la rouge témoigne d’un riche et lourd passé de dévotion : rues sombres, portiques sans fin, basiliques et tours ostentatoires. Le sang a coulé dans les alcoves : traces d’un dogme puissant, opressant et sans pitié.

Au plus-que-présent, à Bologne c’est par l’intermédiaire de la dévotion que l’on parcours le temps et l’espace.

      • Conservation : garder les tours en vue pour circuler et ne pas se faire écraser
      • Anticipation : prendre un café et des pâtes rouges
      • Engagement : se faire écraser par les décors catholiques dans les églises
      • Lâcher-prise : rentrer dans la basilique et déposer son épée
  • Arriver à Bologne en train

Le trajet stimule l’imagination. L’accent italien et le café fumant. Les premières neiges sur les Alpes. Un changement à Milan en courant et la traversée du Po. Vivre le voyage initiatique des nobles Français vers l’Université de Bologne (à 300km/h)

  • Dévorer un sandwich à la mortadelle

A la gare, se ruer sur les baraques à Charcuterie et dévorer un sandwich Mortadelle croustillant en parcourant une brocante de livres. L’étudiant arrive.

  • Pénétrer dans Bologne par les portiques

On est à l’abri se dit-on. Mais on se doute aussi que chaque alcôve cache ses conciliabules et assassinats.

  • Tourner au tour de la place

La grande Piazza Maggiore. Des manifestations d’étudiants pour la Palestine, les carbineri pas très loin. La révolte semble toujours étouffée. Imaginer que cette place n’a pas bougé depuis plus de 1000 ans.

  • La basitique San Petronio

Une des plus grandes Basilique du Monde. Elle est pourtant inachevée. Ecorchée plutôt, sa chair rouge et brûlante – stigmates de dévotion ostentatoire.

Il est très loin, brille de milles feu dans cet autonome sombre. Illuminé illuminé !

Quel sympathique bonhomme sur cette sculpture. Que cache-t-il sous sa cape ? Des enfants terrifiés ou des lingots bien dorés ?

  • Tomber sur Saint-Stefano

Après avoir erré sous les portiques, tomber par hasard sur ce complexe catholique – on y reviendra. Protégées par de grands cyprès, la chaleur et la sérénité s’invitent enfin. Un escalier pour accéder à l’Autel, jamais l’humilité/humiliation de l’homme n’a été aussi forte.

  • Prendre l’apéritif au pied des tours

Comme plantées tels des couteaux sur une table – légèrement penchés et aiguisés. Violentes et austères comme les deux tours d’un jeu d’échec – vertical et horizontal – ne pas passer devant. Le pape a son roi et ses basiliques, les familles bolonaises ont leurs tours : les pièces sont en place.

 

  • Déguster une pizza Carbonara

Nous l’avons cherché longtemps. Cette pizza Carbonara me laissera un grand souvenir. La chantilly de parmesan, le guanciale croquant et les oeufs crémeux. Il ne manquait que … les pâtes. (The Gallery Pizzart Food & Drink)

  • Voir Bologne illuminée

La nuit, les couleurs de l’Italie prennent la place. La jeunesse et ses verres prend les rues : le vin et la charcuterie sont les invités d’un joyeux festin .

  • Rentrer dans l’épicerie EATALY le samedi soir

Dans une vieille bâtisse, cette épicerie/livre a repris l’espace : des pâtes, du vin, des livres. Un espace contemporain où l’on aime à déambuler. L’expérience d’épicure.

 

  • Apprécier les portiques vers la pinacothèque

Les portiques le long des grands axes, une église par ci, une église par là. Le soleil rougit les facades. Les étudiants dans les cafés ce dimanche matin. Et toujours ce sentiment d’espionage et de messes basses.

  • Quelques moments de la pinacothèque

Un Christ d’Eglise – un vieux de plus de mille ans. Il est décontracté, souple du bassin – comme si on le gratait. Beaucoup de distance par rapport à sa situation. Il est crucifié, … et puis ?

Il y a beaucoup d’humanité dans cette peinture : c’est une mère et son fils. Lui avec un petit bidon et ses côtes en marinière a l’air d’avoir trop bu. Elle le tient dans ses bras et lui touche la joue, le portant pour lui donner du réconfort.

Regardez les apôtres, tous masqués par leur corelletes d’Or. Les anges dorés. Comme si, l’Or avait tout embrumé – c’est surement ça la dévotion ultime : masquer les hommes derrière une fumée d’or.

Une grande gallerie réservée à des fresques effacées. Des traces du passé. Comme un bas-relief sans relief. Cela m’a rappelé les toiles de Traquandi, le dessin s’efface pour la matière : le temps abstrait les choses.

Une mini cathédrale à lui tout seul : de l’or, de l’or, de l’or. Des glacis glaçants. Ostentatoire ostentatoire.

Puis une grande salle de conférence. On imagine aisément une conférence en Italien sur un thème très spécifique de l’histoire de l’art de Bologne entre 1354 et 1356. Quelque chose d’ennuyeux et étonnant pour autant.

  • Le jardin botanique

Quelques instants, nous quittons la ville rouge de briques et d’ocre pour un peu de verdure. Les agrumes et quelques arbres luxuriants nous rappelle la méridionalité de cette ville où du soleil et un peu d’eau verdissent le paysage. Un havre de courte promenade, légèrement poussiéreuse.

  • Le café Terzi

Café d’exception ici. La crème, le café, la préparation, la haute pression. J’ai encore le gout de ce café dans la bouche – s’évoquer un goût est rare : ce lieu est rare.

  • Des pâtes au ragu dans une auberge populaire

Les pâtes sont façonnées à la maison : les femmes les pétrissent en vitrine. A l’intérieur, beaucoup de bruit : parents et petits, parents et grands, tablée d’étudiants. La force du Ragu et la crème du Tiramisu. (Osteria Da Fortunata)

  • La déploration du Christ

En terre cuite la déploration du Christ de Nicollò dell’Arca. Déplorer est un verbe fort : il s’agit, avec émotion, d’accompagner de pleurs la mort du Christ. Chacun fait comme il peut. Marie-Madeleine est véritablement furieuse. Les mains se crispent sur elles-mêmes. Il y a dans ce terme de déploration quelque chose du plus-que-présent. Conservation : prendre son souffle et ses appuis, se préparer à démontrer sa peine. Anticipation : choisir sa posture, celles de ses mains notamment. Engagement : les yeux et la bouche se forment. Lâcher-Prise : on imagine des cris, des souffles assourdissants, véritable vortex de foi.

  • L’architecture historique

La basilique de Santo Stefano est un véritable complexe religieux où septs églises s’assemblent les unes sur les autres. Des panneaux remontent au 5ème siècle, la naissance de la Chrétienté – les colonnes des églises et la froideur des pierres sont un voyage dans le temps et l’histoire. Je me suis endormi dans le cloitre adossé à une colonne : revivre les moments de spiritualité, de joie, de peine, de peur et d’émerveillement. L’austérité et la complexité architecturale du lieu nous rappellent que même l’espace le plus stable en apparence (ici des lieux de prières sacrées) est toujours reformé par le temps. C’est vraiment ici que se vit l’expérience de la Chrétienté.

  • Une bière sur la place Magiore

Dimanche 16h – une bière sur la grande place. Parmi les jeunes et les moins jeunes. La lumière caresse les sommets. Les nuages pointent. L’orage s’approche. Sans voiture, les conversations sonnent – comme depuis toujours ici, semble-t-il.

 

  • La messe dans la Cathédrale de Bologne

C’est en fait la grande Cathédrale de Bologne (pas de Basilique, le pape n’y est pas passé). Nous entendons l’orgue, nous nous asseyons. Des gens arrivent et s’asseyent, certains prient. Plus que d’habitude nous semble-t-il. L’organiste s’en va … pourquoi ? C’est la Messe qui va démarrer ! Des encensoirs énormes accompagnent la lente et longue procession dans cette cathédrale énorme. Et le prêtre commence – le micro amplifie sa voix – mais l’écho étant énorme c’est une cacophonie comme dans les film de Jacques Tati – on ne comprend rien. Le ton est sévère, tout le monde prend cher et ce sont injonctions sur injonctions. Puis arrive la communion, l’organiste entamme alors une improvisation plus fausse que jamais. Vraiment, après 1500 ans, tout ça pour ça ? Se faire engueuler le Dimanche Soir ???

  • Un dîner italien

La cuisine traditionnelle italienne au rendez-vous. Antipasti : La fameuse assiette de charcuterie – finement tranchée et délicatement fraiche. Primi piatti: Les fameuses tagliatelles al ragu (qui sont devenus les spaghettis bolognèses) – corsées et crémeuses et des tortelini aux trois fromages – al dente et finement piquants. Secondi piatti : poulet aux épinards croquants. De bons vins de la région (Vicolo Colombina)

  • L’unversité

Le palais de l’Archiginnasio – vestige de l’université de Bologne. La salle d’anatomie où l’on disséquait les corps pour la médecine – des palabres entre science et religion. Les écussons de chaque étudiant partout, tel des tags de signature : de l’individualisme. La salle des études et ses vieux livres (un rayon mathématiques plein d’évocation ; le calcul conjectural que je ne connaissais pas, qui consiste à échafauder des théories sur des conjectures, ça en dit long.) Et derrière une grille, des couloirs sans fin de vieux livres – ceci est l’histoire. J’y apprend qu’à l’origne il y avait deux disciplines : le droit qui apprenait aux étudiants à négocier et les arts qui leur apprenait à manipuler (sciences et autres). Le modèle occidental d’apprentissage est né à Bologne – pas forcément bien : individualisme, art de la manipulation, doute scientifique, force des maisons, …

  • Le café Zanarini

En sortant, deux cafés : un court et un long (pas plus de 1 cm de différence entre les deux) chez Zanarini. Discuter sur l’étrange impression d’oppression que donne cette ville.

  • Le sandwich Mortadelle et les étudiants

Le Ragu nous est resté sur l’estomac. On cherche quelque chose de frais – bonne pioche chez All’Antico Vinaio avec de la mortadelle en chiffonade. L’occasion de voir les étudiants et leurs lauriers véritables pour leurs fin d’étude – beaucoup en cette fin octobre, les mémoires étant soutenus.

  • Le musée de Bologne

Voir les tours sur des tableaux les uns sur les autres, pas plus que ça.

  • La bibliothèque, un capuccino et ciao